Palmarès 2024 : Les Bourguignons de l'année

Marchand-Tawse

Le sens du vin

Paul-Aimé Marchand, Amandine Terrier et Pascal Marchand

Franchement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître quand on sait que nous parlons bien d’un Canadien, Québécois soit, mais Canadien quand même, sans autre lien avec les vins de Bourgogne qu’une cave paternelle bien garnie, qui mérite plus ce « titre » de Bourguignon de l’année que Pascal Marchand ? En trente années de Bourgogne Aujourd’hui, nous en avons vu quelques-uns, des vignerons de père en fils à la passion à géométrie variable, des néo-vignerons plus ou moins sérieux… mais très peu dotés de ce « sens du vin », de ce feeling qui transpire chez Pascal.

Pascal Marchand a débarqué en Bourgogne en 1983 et il ne lui aura pas fallu beaucoup plus de deux ans pour que le Comte Armand lui confie les rênes du Domaine du Clos des Épeneaux, à Pommard, avec mission de redorer le blason d’une institution sur le déclin. Conscient de la nécessité de revenir à des méthodes culturales plus respectueuses de l’environnement et de redonner de la vie aux terroirs bourguignons, Pascal Marchand a été parmi les fondateurs au milieu des années 1990, du GEST, Groupement d’Étude et de Suivi des Terroirs. Après avoir placé sur les rails (et converti en bio…) entre 1999 et 2006, le Domaine de la Vougeraie issu du regroupement des domaines de la Maison Boisset, Pascal Marchand a lancé sa propre activité de négoce en 2006.

Nouvelle étape décisive avec l’association en 2009 avec Moray Tawse, ami de longue date, banquier d’affaires à Toronto et… passionné des vins. Marchand-Tawse exploite aujourd’hui huit hectares de vignes en côtes de Beaune et de Nuits et produit également une gamme de grande qualité en négoce. À ses débuts, mais c’était aussi une autre époque, Pascal Marchand avait tendance à produire des vins rouges très extraits, « costauds ». Jeunesse passe… « j’ai évolué et je recherche davantage de finesse, d’élégance en rouge, de tension en blanc, afin que chaque terroir exprime sa personnalité », explique-t-il. Une entreprise, c’est un travail d’équipe et citons également l’importance de Thomas Dinel et Mark Fincham, dans l’équipe technique ou encore Amandine Terrier pour la partie administrative et commerciale.

 

Domaine Pierrick Bouley

L’art de la vigne

L’évolution des pratiques du Domaine Pierrick Bouley représente un travail considérable mené sur plusieurs années, avec pour objectif d’obtenir les plus beaux raisins tout en respectant le terroir. « La priorité, c’est le travail dans les vignes ». En 2017, les premiers essais de tressage sont effectués sur deux parcelles afin d’observer leur impact sur la photosynthèse et sur la vigne. « On a préféré les raisins de la modalité tressée car il y avait un meilleur équilibre, des pépins plus mûrs et un sucre plus abouti », partage Pierrick. Les résultats étant plutôt concluants, un hectare a été tressé en 2018 avant que le reste du domaine ne suive progressivement, jusqu’à sa totalité en 2020. « Notre grande spécificité, c’est que nous le faisons sur tous nos vins pour essayer d’augmenter le niveau qualitatif ». En 2024, plus aucun rognage est effectué sur le domaine. Ce choix exige un travail colossal sur le terrain : durant l’été, les vignes requièrent une vingtaine de personnes pendant trois mois pour les tresser tous les quinze jours. Depuis 2023, le domaine est certifié en agriculture biologique.

 

Domaine Bruno Colin

L’essence du terroir

Issu d’une famille de viticulteurs, Bruno Colin incarne la 8<E>e<E> génération de vignerons. Après un BTS Technico-Commercial au lycée viticole de Beaune, il travaille pendant dix ans au domaine familial Colin-Deleger. « On était quatre à prendre des décisions, mon frère, mes parents et moi, on n’avait pas forcément tous la même vision et on arrivait à un moment où mes parents voulaient prendre un peu de temps pour eux ». En 2003, le domaine est alors séparé en trois entités. Depuis la « réelle » retraite de ses parents en 2015, Bruno exploite 8,5 hectares répartis sur cinq communes différentes. « Le gros du domaine est sur Chassagne-Montrachet avec six hectares », précise Bruno. Il produit aujourd’hui 80 % de blanc pour 20 % de rouge dont quatorze premiers crus et deux grands crus. Depuis 2020, il explore la voie du bio, avec tous les rouges et un tiers des blancs, et obtiendra des résultats satisfaisants. Malgré une année 2021 compliquée et un retour au conventionnel, Bruno n’a pas abandonné et est resté engagé dans sa démarche. « Depuis 2022, nous sommes en bio sans vouloir la certification juste par conviction ».

 

Domaine Jaeger-Defaix – Domaine Bernard Defaix

Deux terroirs, une vision

Hélène et Didier Jaeger-Defaix.

Basé à Rully (71), le Domaine Jaeger-Defaix incarne l’héritage familial de la Côte Chalonnaise, tandis que le Domaine Bernard Defaix est une référence à Chablis (89). En 2002, Hélène Jaeger-Defaix reprend sa première parcelle héritée sa grand-tante. En 2005, elle récupère l’ensemble du domaine et exploite aujourd’hui six hectares de Rully, villages, premiers crus, rouges et blancs. De son côté, Didier Defaix reprend, avec son frère, l’exploitation installée à Milly, près de Chablis, en 1990 et ils travaillent aujourd’hui sur vingt-sept hectares de Petit-Chablis, Chablis villages et premiers crus, auxquels s’ajoute une activité de négoce notamment en grands crus. Au moment des vendanges, les raisins des deux entités sont vinifiés à Chablis dans l’optique de produire des vins de longue garde. Une équipe s’occupe donc de la vinification, mais deux équipes différentes cultivent les vignes. Les domaines sont unis dans une même vision profonde, ancienne, d’une viticulture respectueuse de l’environnement. Le Domaine Defaix est certifié en agriculture biologique depuis 2009, mais la mise en place du bio a véritablement commencé dans les années 1990. Le Domaine Jaeger-Defaix est certifié bio depuis 2012.

 

Domaine Carrette

Entre tradition et transition

Nathalie et Hervé Carrette.

Installé à Vergisson (71), au cœur du cru Pouilly-Fuissé, sur un territoire morcelé, le Domaine Carrette, à l’histoire familiale, est géré depuis 2003 par Hervé, en charge des vignes. Il est rejoint par Nathalie, œnologue de formation, qui supervise la vinification des raisins. Engagé dans une démarche de protection de l’environnement, le domaine a entamé sa conversion biologique en 2020 et sera certifié en 2023. Cette philosophie vise à réduire au maximum l’impact écologique en développant une viticulture respectueuse. Le Domaine Carrette est toujours en cours de conversion vers le biologique et s’adapte chaque instant face à la crise climatique. « Pour nous, 2019 est un virage en matière de changement climatique. En exploitant dix-sept hectares avec quasiment un seul cépage, il faut vendanger rapidement, le challenge est de récolter mûr tout en préservant de la fraîcheur dans les vins ». À noter que la majorité des raisins de l’exploitation est vendangée à la main. Des essais de tressage ont été effectués en 2022 pour tenter de garder un peu plus d’acidité dans les raisins.

 

 

DEGUSTATION

NOS VINS COUP DE CŒUR

 

 

Pierrick Bouley

Volnay premier cru Champans 2023

Issu d’une vigne tressée depuis 2017, récolté à un très haut niveau de maturité, égrappé à 100 %, ce premier cru très précoce révèle une robe « noire », des arômes fins, précis, de cerise noire, de fleurs, de moka. Bouche riche, pulpeuse, gourmande, tout en conservant beaucoup de délicatesse et une finale aérienne.

Volnay premier cru Champans 2018

Élevage de quarante-six mois en fûts pour ce 2018 à la robe intense et encore très jeune. On retrouve le floral du terroir au nez, mêlé de notes de cerise confite, de framboise, d’épices douces. Le vin est velouté, délicat, gourmand, avec du fond et un bon équilibre.

 

Domaine Carrette

Pouilly-Fuissé premier cru blanc Les Crays 2021

Le domaine exploite près d’un hectare dans Les Crays « sous la roche de Vergisson, plein sud, en forte pente, à près de 400 mètres, avec des journées chaudes et des nuits fraîches. C’est un terroir de rêve qui ne gèle jamais, sauf en 2021 à 70 % » commente Nathalie Carrette. Robe dorée, brillante. Arômes précis de fruits jaunes, d’épices, de fleurs… En bouche, on retrouve la classe des Crays, avec un superbe équilibre entre richesse, chair, gourmandise et salinité.

 

Bruno Colin

Chassagne-Montrachet premier cru blanc En Remilly 2022

C’est un « petit » premier cru de 1,5 hectare situé sur Chassagne-Montrachet, exposé plein sud, posé sur la roche à 300-320 mètres d’altitude et qui borde le grand cru Chevalier-Montrachet. Le domaine exploite cinquante ares en deux parcelles plantées en 1956 et 1989. « Ce premier cru a été vinifié puis élevé (dix-huit mois pour tous les vins du domaine) en 350 litres, ce qui est pour moi le format idéal tant pour l’échange entre vin et chêne, et l’équilibre des vins. En année chaude, on garde un peu plus de fraîcheur dans des 350 litres », estime Bruno Colin. Joli nez riche, grillé, épicé, fin. Le vin est généreux, gras, plein, élégant et harmonieux. Vin de garde.

 

Jaeger-Defaix

Rully premier cru blanc Les Cloux 2014

Vinifié puis élevé à 100 % en fûts de chêne de 228 litres (0 % de fût neuf), ce premier cru de Rully, vignoble aujourd’hui à 70 % planté en chardonnay, révèle une belle évolution. Robe dorée, brillante. Arômes frais, citronnés, fruits jaunes, fleurs sucrées… Le vin est gras, généreux, gourmand, long, juteux, avec une finale tonique.

Chablis premier cru Côte de Léchet Cuvée Réserve 2004

Issu d’une vieille vigne aujourd’hui âgée de près de 70 ans, ce 2004 présente une robe or-vert d’une formidable jeunesse. Nez complexe fin, sur les fruits jaunes bien mûrs, les épices, un fond minéral, iodé-marin, d’une grande pureté après vingt ans en cave et dans une année très difficile. Le vin est gras, gourmand, long, tendu et harmonieux.

Chablis premier cru Côte de Léchet 1994

La magie du vieillissement des vins de Chablis opère dans cette cuvée à la robe vive, aux arômes grillés, pétrolés, coquillés… Bouche incroyable pour un 1994, une autre année de réputation très moyenne, pleine, grasse, longue, saline et racée. « Il faut savoir que ce vin a été vendangé à la machine, comme les deux autres et il a subi trois filtrations. Comme quoi… », sourit Didier Defaix : « les vins devaient être difficiles à goûter jeunes mais ils ont bien vieilli ».

 

Marchand-Tawse

Gevrey-Chambertin premier cru Les Champeaux 2016

« Le gel de 2016 m’a beaucoup affecté parce que les vignes ont eu du mal à retrouver leur dynamisme », se souvient Pascal Marchand. Robe intense. Nez bien ouvert de fruits rouges confiturés, d’épices, de grillé… Le vin est croquant, sur le fruit, juteux, long et élégant.

 

 

 

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